KitschÀ l'Os... ou pas

Boutique montréalaise vintage, rétro et d'antiquités

Blogue

Bonjour et bienvenue sur notre blogue. Nous tentons d'y diffuser de l'information qui peut vous renseigner et/ou vous amuser. Nous ne sommes pas à l'abri de l'erreur alors si vous avez une précision à apporter nous vous invitons chaleureusement à contribuer via les commentaires ou à nous écrire au kitschalos@gmail.com. Bonne lecture! 

afficher :  plein / résumé

L'univers infini du Tiki

Publié le 24 mars 2015 à 0:10 Comments commentaires (1)

La récente fermeture du Jardi Tiki vous a fait un pincement au cœur? Vous avez une nostalgie du Bar du Sheraton Mont-Royal ou du restaurant de Ruby Foo’s? Vous ne pouvez passer proche des Trois-Rivières sans une pause au Coconut Bar? Si la joie de vivre polynésienne c’est votre truc voici quelques anecdotes concernant sa popularisation aujourd'hui déclinante:


Avant la dernière guerre mondiale, Thor Heyerdahl,

   

un anthropologue et archéologue norvégien, apprend en Polynésie la légende de Tiki,

un dieu originel venu de l’est comme le vent et le soleil. Plus tard au Pérou, il découvre la légende de Kon-Tiki (un nom qui signifie « roi-soleil » dans une langue Péruvienne très ancienne) qui était le chef divin d'un peuple du lac Titicaca. Pourchassé par ses ennemis, Kon-Tiki prit la mer avec troupes, femmes et enfants pour fuir, tout droit vers l'ouest. Pour Thor Heyerdahl, ces deux dieux ne sont qu'un seul et même personnage, le père d'une civilisation née dans la cordillère des Andes et partie à la conquête du Pacifique. Pour prouver cette thèse que tous réfutent il propose après la guerre une expédition dans un radeau de balsa construit selon les méthodes péruviennes traditionnelles, sans clous ou rivets. Se joignent à lui (qui ne sait pas nager) dans cette aventure, un artiste, un sociologue, un ingénieur et un vétéran de la résistance norvégienne, bref, tous des gens qui n’avaient pas peur de vivre dangereusement.

   

Les matériaux récoltés dans la jungle sont acheminé à la côte via les rivières et la construction du navire s’y complète rapidement. L’esquif inquiète les autorités et la marine Péruvienne demande à l’équipage de lui signer une décharge comme quoi ils (l'équipage, pas la marine) seraient les uniques responsables de leur sort. L’ambassadeur Norvégien au Pérou étant incapable de les dissuader, leur offre une bible. Le 27 avril 1947, le bateau est baptisé avec une noix de coco et remorqué au large où il ne gênera pas le trafic du port. La première semaine leur fait souffrir du gros temps mais après le vent calme et le courant constant les font dériver à l’ouest de manière certaine. 101 jours plus tard ils échouent à Tuamotu sans n’avoir rien subit de regrettable et la thèse de Thor est prouvée de manière on ne peut plus concrète.

    

L’histoire du Kon-Tiki est emblématique et représentative de son époque de bien des manières. Bien sûr, elle célèbre l’originalité et la ténacité par rapport aux opinions reçus. Mais surtout elle est une glorification de l’audace et ce pour une principale raison: L’assassinat de JFK ou le premier alunage

   

sont des «moments» collectifs i.e. des expériences où chacun se souviens dans les moindres détails (jusqu’à la couleur de bas portés cette journée) comment il l’a «vécu». En contre-partie, Kon-Tiki s’apparente plus à l’ouverture de la tombe de Toutenkamon.

Il s’agit plutôt d’une «expérience» collective, une découverte dans laquelle chacun participe à sa manière car le temps nécessaire est accordé pour que l’imagination de chacun puisse avoir un rôle à y jouer. Au lieu d’images roulées en boucles qui ne font de nous que des témoins, Toutenkamon faisait l’objet de rapports écrits dans la presse et les rares images nous en parvenant, outre un trou caverneux,

étaient des artéfacts qui rendaient compte d’une époque fabuleuse empreinte d’un symbolisme et spiritisme fascinant et permissif pour les imaginations.

À l’époque de l’expédition Kon-Tiki, il n’y a pas encore de Télévision     et bien que l’expédition était abondamment filmé (pour un documentaire qui se mérita l’oscar de 1950), rien n’en parvenais au public pendant la durée de l’expédition car le radeau n’était aucunement accompagné et totalement seul au milieu de l’océan. Par contre, le vaisseau avait à son bord une radio amateur

et des liens s’établissaient au gré du hasard avec des opérateurs de toutes les côtes du pacifique. Alors au fil des trois mois que dura l’aventure on avait de temps à autre un rapport qui disait quelque chose comme «Souchi Yamahonda de Kobé-sur-Mer a reçu un message du Kon-Tiki disant qu’ils ont atteints 37,2 degrés de latitude et 98 degrés de longitude et que tout le monde se porte bien.» Ça passait aussi sobrement que ça dans le journal. Au cinéma, au milieu des news-reels, une carte désespérément vide de toute terre et pleine du néant de l’eau montrait une litanie de dash-dots auxquels on ajoutait un segment et le reste de leur histoire était au gré de la créativité de l’imagination de chacun. De la même manière que la durée des pérégrinations des expositions itinérantes de Toutankamon permit d’étirer la fascination qu’il inspirait, les délais pour livrer le documentaire du Kon-Tiki (1947-1950) allongèrent le suspense.

   

De plus, sa diffusion en salle se fit principalement une fois l’oscar obtenu en 1951.

La sortie se fit sur plusieurs fronts car il y eut un livre d’un ton sérieux abondamment garni de magnifiques photos mais dont l’argumentaire ethnologique fut dénigré par les universitaires (il avait Thor! pitoume piche!).

     

Il y eut aussi un livre illustré de magnifiques dessins destiné aux jeunes enfants. Pour les jeunes gens qui grandirent à cette époque, il était impossible d’ignorer cet aventure qui célébrait l’audace individuelle pure au déni des détracteurs prudents et bien-pensants.

Bien que Kon-Tiki était Péruvien d’origine, c’est sa Polynésie de destination telle que récemment découverte par les troupes Américaine lors de la récente guerre qui fut la source de toute l’iconographie associé au phénomène qui servit à le célébrer dans l’ubiquité. Près de chez-nous, il y eu pendant longtemps un bar Kon-Tiki au Sheraton Mont-Royal

qui s’essaima chez d’innombrables copieurs

   

dont le dernier survivant serait Le bar lounge polynésien de l'Hôtel-Motel Coconut des Trois-Rivières.  

Les motels cheaps, les shorts-orders où on te livre ta bouffe au char en patin à roulette,

    

les car-wash, les chemises d’Harry Truman,   

rien n’échappa au kitsch débridé permis par la fascination collective du Tiki. Rendu au Blue-Hawaii d’Elvis,

     

le mix de la fête hédoniste initiée par son shakage de pelvis combinée avec un bar-rock-coco .o0(ma contraction de baroque et rococo) polychrome sonnait le glas de ce qui après tout ne pouvait être moins éphémère qu’une mode.

Mais quand même, si Castro a pu passer pour un libérateur plutôt qu’une simple tête brûlée,

si l’idée de mettre quelques gars dans une cacanne pour qu’ils aillent s’échouer sur un autre astre a pu sembler concevable,

     

si les shows de trucks où un gars en bycik à gaz saute par-dessus quarante-douze autobus scolaires a pu sembler un jour digne du moindre intérêt,

     

si finalement on peut encore aujourd’hui s’attarder encore au Tiki le temps pour moi de vous écrire ce billet et vous de le lire, on le doit tous à la célébration de l’audace indépendante que fut la réussite de l’expédition Kon-Tiki. Un film scandinave est sorti en 2012 et est modérément romancé.


Il est amusant de le comparé au documentaire triomphaliste des années 50. Alors que le film nous montre le perroquet se faire happé par un requin qu’on capture de suite pour libérer la pauvre bête,

     

le documentaire montre plutôt des cordes de requins pourrissant sur le pont. 

Le documentaire n’est plus disponible sur youtube qu’en version scandinave originale

Documentaire

mais j‘y ai déjà vu une version anglaise qui pourrait bien repasser (invitez Bjork à souper en attendant).

La scène de déperroquetage du requin provenant du film est sous ce lien (vers la fin du 10 mins que ça dure)

Requin

Il y a 150 versions du Blue Hawaii d’Elvis complet sur youtube. Pour les moins dévoués, je vous offre ici la scène de la chanson de mariage. Cœurs sensibles s’abstenir.

Elvis

Beaucoup vous diront que le film South-Pacific a sa part de responsabilité mais celui-ci est sorti en 1958. Il a plutôt juste surfé sur cette vague (pun intended). Mais le mérite de rendre le tout dans ses vrais couleurs lui revient car c’était un des premiers films en Technicolor et il doit être vu pour ses propres mérites (pour fan de comédies musicales avertis)

South Pacific

La restauration Tiki précéda ses autres manifestations remplaçant les souper dansants en termes de «dining entertainment» (exit l’orchestre à coûts récurrents et bienvenue au décor en carton-pâte pas cher). Il s’agissait en fait de bouffe cantonaise intercalée d’ananas avec des drinks plus caribéens qu’autre chose. Le service par du personnel en pagne et à la gorge soutenue par des demi coquilles de noix de coco rendait compte de la tension entre une Amérique puritaine McCarthyste et sa jeunesse pétillante de confiance, de joie de vivre et prête à traîner les trente glorieuses à travers une grande révolution sexuelle. La sexualisation des îles était bien établie depuis la mutinerie du Bounty et c’était bien ce dont l’Amérique avait besoin. Pour cette raison, la musique Tiki, extraite du néant par des arrangeurs de Pagan Pop devint de plus en plus sexuellement suggestive. Je vous offre ici un témoin de cette idée extrait d’une comédie (quoique pas musicale) qui n’a rien à voir avec le Tiki sauf l’époque de sa réalisation.

Mad World

Les premiers sous-sols de bungalows finis en bars privés furent polynésiens.

Pour ceux qui s’intéressent à l’origine des chemise Hawaiiennes, sachez qu’elles ont été inventées par les missionnaires chrétiens qui en accostant sur l’île, constatèrent que tous s'y promenaient en petite tenue. Ils conçurent donc un vêtement suffisamment grand pour accommoder toutes les poitrines et en offrirent aux convertis. Ceux-ci en trouvait la couleur unie un peu drabe et s’attelèrent à y peindre des paysages de leurs environs sans délai et tadam! La chemise Hawaiienne était née.

Le Tiki resta associé à l’idée de liberté, de vie naturelle loin de la technologie, d’exotisme, d’une fuite de la vie routinière et un retour à la spontanéité d’un Eden originel (mais avec l’air conditionné;). Mais quand le rock n’ roll enseigna à la jeunesse que « It’s better to burn than it is to rot », la libération sexuelle et les expérience qui nous sortent de notre ordinaire allèrent à d’autres tendances et le style Tiki pu avant de péricliter se généraliser au gens de tous les âges : Walt Disney ajouta un pavillon à son parc thématique et Hawaii 5-0 pu succéder à Manix mais la magie était déjà finie et le ringard Tiki fut mis au rancart des modes perdues. Il ne reste que les nostalgiques qui le sauve de l’oubli et écrivent des blogues le concernant que d’autres nostalgiques lisent. Tous ensembles, ils pleurent la disparition du Tiki tel qu’incarné dans le Jardin Tiki sur la rue Sherbrooke qui devra céder son terrain à la construction d’une résidence de retraite pour des vieux qui sont nés à la même époque que lui.

 

Aloha!

 

 

 

 


Rss_feed